Axiomes de la communication

Ecole de Palo Alto

 

Une relation entre deux personnes n'est jamais à sens unique. Il s'agit d'un système complexe, que notre logique cartésienne peine à appréhender. En matière de relations humaines, la ligne droite n'est pas toujours le plus court chemin entre deux points. Dans ce domaine, qui est celui du vivant - donc de l'aléatoire - l'erreur est inévitable. Toutefois, tout l'art du manager averti sera, grâce à une bonne circulation de l'information, de la repérer, puis, grâce à la créativité, de la corriger. Pour cela, il devra tenir compte d'un certain nombre de phénomènes inévitables dans toute communication.

 

1. Impossibilité de ne pas communiquer

 

"On ne peut pas ne pas communiquer."

Le comportement n'a pas de contraire, ou encore : on ne peut pas ne pas se comporter.

Chaque être humain adopte un comportement particulier dans la vie de tous les jours. Et tout comportement a valeur de message.  Même si nous avons l'impression de ne rien faire, notre simple présence, voire même notre absence dans certains cas, est porteuse d'information donc de communication.

 

2. Niveaux de la communication : contenu et relation

 

"Toute communication présente deux aspects : le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier et donc par suite est une méta-communication."

Le contenu d'une communication ne peut se comprendre en dehors de son contexte (qui s'adresse à qui, de quelle manière, avec quels gestes...).

Lorsque nous communiquons, par écrit ou par oral, nous nous attachons le plus souvent au contenu de ce que nous voulons faire passer. C'est le premier aspect de la communication. Dans une relation neutre, cet aspect prime et l'interlocuteur est réceptif au contenu de votre discours.

Mais imaginons une relation difficile. Chaque rencontre devient difficile. L'objectif n'est plus le contenu,  chacun cherchant derrière ce que dit l'autre à décrypter son état émotionnel, une éventuelle colère, ou un manque de respect. C'est le deuxième aspect qui prime, soit la relation elle-même, car si la relation est mauvaise le contenu sera soit rejeté, soit déformé, soit ignoré.

C'est également le cas au début d'une relation amoureuse. Lors des échanges, l'objectif n'est plus le contenu, mais simplement le fait d'être en relation. Tout et n'importe quoi peut devenir prétexte à échange, c'est cela qui prime.

Ces aspects, qui font appel en grande partie au non  verbal (regard, intonation, gestuelle, mimique...), sont des méta-communications. Nous avons, nous être humains, la faculté de communiquer, à l'aide du langage, sur cette relation et par là d'ajouter un niveau à notre communication.

 

3. Ponctuation de la séquence des faits

 

"La nature d'une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires."

Les partenaires d'une longue séquence d'échanges ponctueront de fait la séquence de manière que l'un ou l'autre paraîtra avoir l'initiative, ou la prééminence, ou un statut de dépendance ou autre chose du même ordre. Des modèles d'échanges régissant la relation s'établiront entre eux, sur lesquels ils seront d'accord ou non.

La communication est un système circulaire d'échanges.  Le comportement de l'un des acteurs induit le comportement de l'autre, qui lui-même réinduit le comportement du premier. Malheureusement, nous avons tendance, la plupart du temps, à considérer notre attitude seulement en réaction au comportement de l'autre, en minimisant l'impact de notre propre attitude. Ce qui est source de nombreux conflits relationnels.

 

4. Communication digitale et communication analogique

 

"Les êtres humains usent de deux modes de communication : le mode digital et le mode analogique. Le langage digital possède une syntaxe logique très complexe et très commode, mais manque d’une sémantique appropriée à la relation. Par contre, le langage analogique possède bien la sémantique, mais non la syntaxe appropriée à une définition non équivoque de la nature des relations."

Dans le langage digital, le rapport entre un signe donné et sa signification est de pure convention, et par conséquent tout à fait arbitraire. Il doit toutefois être commun aux partenaires qui l'utilisent pour que la communication s'établisse. Ainsi par exemple, entre le mot chat et la créature qu'il désigne, il n'existe aucun lien immédiat, explicite en soi et directement accessible par la compréhension.

Le langage digital est celui du monde objectif, cérébral, logique, analytique. C'est celui de la raison, de la science, de l'explication, de l'interprétation.

Le langage analogique se fonde sur des signes qui ont un rapport immédiatement évident avec ce qu'ils signifient, par le biais d'une ressemblance ou d'une analogie. Il procède par figures, métaphores, symboles, images. C'est le langage des rêves, de la poésie, des émotions, des sentiments, du jeu. Nous en avons des exemples avec certaines cartes géographiques imagées (si l'on considère les éléments graphiques et que l'on excepte bien sûr les noms imprimés), mais aussi avec les onomatopées (crac, argh, pfuit...).

La traduction d'un langage dans l'autre n'est pas aisée et souvent source de multiples confusions.

 

5. Relation symétrique ou complémentaire

 

"Tout échange de communication est symétrique ou complémentaire, selon qu'il se fonde sur l'égalité ou sur la différence."

Une relation symétrique est une relation d’égalité qui minimise la différence. Dans ce cas, les partenaires ont tendance à adopter des comportements en miroir, ce qui peut favoriser par exemple des phénomènes d'escalade.

Une relation complémentaire, au contraire, maximise la différence. Dans ce cas, il y a deux positions différentes possibles, l'une "haute" et l'autre "basse" (attention : à ne pas faire de ces deux termes des synonymes de "bon" et "mauvais" ou de "fort" et "faible"). Le contexte social ou culturel fixe dans certains cas une relation complémentaire : par exemple la relation parent-enfant, la relation médecin-malade, la relation manager-collaborateur... A souligner la solidarité de cette relation, où les comportements de l'un comme de l'autre, dissemblables mais adaptés l'un à l'autre, s'appellent réciproquement.