Jouer des jeux à somme non nulle

La théorie des jeux est intéressante pour donner un éclairage sur nos relations de travail.

 

En s'appuyant sur un symbole (ambivalence Orient-Occident), on peut dire qu’il existe deux types de jeux : les jeux occidentaux, à somme nulle, et les jeux orientaux, à somme non nulle.

 

  • Jeux occidentaux à somme nulle

Ils sont issus de la logique binaire aristotélicienne du "tout, ou bien est, ou bien n’est pas". Ce que l’un gagne, l’autre le perd. Et réciproquement.

Pour gagner (seul but valable), il va falloir gagner contre l’Autre. L’Autre est donc vu comme un adversaire sur lequel il va s’agir de prendre le pas (exemple : les dames ou les échecs).

Transposé en relation entre les personnes, et notamment dans les négociations, il s’agira pour chacun, directement ou indirectement, par la force ou la séduction, de "manger" ou de "baiser" l’Autre, devenu objet.

 

Ce que je gagne est "pris" à l’Autre.

 

Le coût global de ce type de relation est incommensurable, car les dettes réciproques y sont sans fin, l’hégémonie de l’une des parties étant forcément provisoire. Nous sommes dans le monde des Montaigu et des Capulet.

Ce monde correspond à une vision de la vie comme une lutte permanente contre un environnement nécessairement hostile. Si un équilibre parvient à s’instaurer entre les deux parties en présence, c’est celui de la terreur.

 

  • Jeux orientaux à somme non nulle

Ils sont issus d’autres types de pensée qui admettent la dynamique créative des contradictoires (notamment la Pensée Complexe d’Edgar MORIN).

Exemple de ce type de jeu : le jeu de go, où chacun doit constituer sur l’échiquier des territoires. Gagne, bien entendu, celui des deux joueurs qui parvient à réaliser les territoires les plus étendus. Mais les bons joueurs de go savent que chercher systématiquement à contrer l’Autre en l’empêchant de prendre des points est une mauvaise stratégie qui se retourne facilement contre soi.

 

Transposé dans les relations entre les personnes, nous dirons qu’il va s’agir de jouer un jeu où chacun des deux va pouvoir gagner plus qu’il n’a concédé.

Suivant l’intelligence ou la sottise de la relation que j’induis avec Autrui, nous allons, par le jeu de la créativité, inventer des solutions satisfaisantes pour tous deux ou bien, par le jeu de l’épuisement réciproque, perdre plus que nous n’avons gagné.

L’objectif est donc d’ouvrir avec l’Autre le champ des possibilités de solutions sans s’enfermer rigidement dans l’appauvrissement issu du rapport de forces ou dans la recherche du plus petit dénominateur commun évitant tout conflit.

Il suppose de jouer avec l’Autre dans une relation de partenaire de Sujet à un autre Sujet, fruit d’une capacité de co-existence avec l’Autre tel qu’il est, différent et complémentaire de moi-même.